Conférence du 29 mars 2012
 
 
" Quelle place pour l'Université en Europe ? "
 

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Diaporama ICI

M. Didier VIVIERS

Recteur de l'Université Libre de Bruxelles

M. Alain DELCHAMBRE

Président du Conseil d’administration de l’ULB

Résumé de la Conférence de Didier Viviers,

Recteur de l’Université Libre de Bruxelles.

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Paris, UAE-F, 29 mars 2012:

“L’Université, entre universalité et ancrage régional”.

En délivrant cette conférence à Paris, l’intention est de concrétiser la politique de l’ULB qui consiste à amplifier les contacts de plus en plus réguliers avec les “anciens”. Chaque fois que l’ULB effectue une mission à l’étranger, le Recteur a toujours soin d’organiser une rencontre avec les “anciens” de l’ULB présents à l’endroit visité; et c’est toujours un rendez-vous passionnant. Car l’Université d’aujourd’hui est une institution qui se soucie de ses alumni et qui se doit de mettre en évidence le réseau qu’ils contribuent à tisser de par le monde.

La conférence abordera les enjeux que rencontre notre université francophone belge (et tout particulièrement l’ULB) à travers une tension qui se fait jour de manière de plus en plus aigüe, à savoir celle de l’international face au régional.

Précisons tout d’abord que la position de l’ULB au sein du concert des 6 universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles est spécifique ou, plus exactement, que les profils de nos 6 universités sont relativement disparates. En quoi celui de l’ULB est quelque peu particulier?

• L’ULB est, avec l’UCL (et dans des proportions différentes), la seule université qui possède des campus à la fois en région Bruxelles-Capitale et en région wallonne. Au moment où certains envisagent de régionaliser l’enseignement (et éventuellement l’enseignement supérieur), il faut dire que ceci serait indéniablement source de difficultés pour l’ULB et qu’une régionalisation de l’enseignement lui serait très dommageable.

• L’ULB fait par ailleurs partie d’un groupe, majoritaire, d’universités libres, parmi lesquelles elle est toutefois la seule université libre non confessionnelle, ce qui aurait tendance à la rapprocher des universités d’Etat, d’un fonctionnement pourtant différent.

• Enfin, et pour se limiter à quelques spécificités seulement, l’ULB est de loin l’université qui comprend le plus grand nombre d’étudiants qui ont un diplôme du secondaire obtenu à l’étranger (on ne parlera pas ici d’”étrangers” et de “locaux” car un grand nombre d’étrangers, résidant à Bruxelles, ont un diplome belge et c’est ce critère, plus que la nationalité, qui s’avère donc pertinent). Notre population étudiante compte ainsi un peu plus de 30% d’étudiants provenant de l’étranger.

Au-delà de ce rapide inventaire de quelques-unes des spécificités de l’ULB, il faut souligner que toutes les universités de la FWB participent d’une dynamique régionale.

• Tout d’abord, rappelons que 51% de nos étudiants qui sont porteurs d’un titre secondaire belge viennent de Bruxelles; 11,5% de Flandre; 10% du Brabant et 17,5% du Hainaut. En d’autres termes, le choix des étudiants dépend largement de la proximité et, en définissant une “aire naturelle” de rayonnement à l’ULB qui comprend Bruxelles, la Flandre proche, le Brabant et le Hainaut, c’est donc au total 90% des étudiants “belges” qui proviennent d’une aire proche. Ceci ne se distingue dès lors pas trop d’une constante qui débouche sur un pourcentage d’étudiants “locaux” de 80 à 90% (80% des étudiants de l’ULg viennent de la Province de Liège et 85,5% des étudiants de l’UMons proviennent du Hainaut).

Pour le présenter différemment, pour les étudiants de 1e génération, entre 65% et 87% des étudiants de la FWB vont dans une université complète de proximité (77% des étudiants qui ont un diplôme du secondaire bruxellois s’inscrivent dans une université bruxelloise).

Il y a donc un tropisme local indéniable et l’ULB n’y échappe pas.

• On pourrait même ajouter que c’est la situation locale (à savoir bruxelloise) de l’ULB qui lui vaut sa forte attractivité internationale. Nos 30% d’étudiants étrangers ne nous dispensent donc pas de développer une véritable politique internationale active, notamment en diversifiant les origines de nos étudiants étrangers.

• D’autre part, les universités sont de plus en plus fréquemment sollicitées par une insertion dans les réseaux socio-économiques qui leur sont proches. Elles tendent à jouer un rôle socio-économique majeur dans leur zone de proximité, que ce soit à travers des programmes de recherche appliquée, la création de spin-off ou d’autres interactions avec l’environnement immédiat. La RTBF a récemment proposé un dossier spécial intitulé « La Wallonie, 10 ans pour réussir » dans lequel sont intervenus Ministres et industriels. La tendance était unanime sur l’implantation régionale des universités et de leurs activités de développement. Pour l’ULB, les activités des sciences de la vie au biopôle de Charleroi ont été pointées par Rudy Demotte ; J.-Cl. Marcourt se félicitait de la levée de fond d’une entreprise de thérapie cellulaire (Promethera) « sur le plateau de Gosselies » et le Ministre Antoine relevait un peu plus tard le succès du « Charleroi Brussels South ». Tout cela sur fond de maillage recherche/industrie/formation-enseignement relevé par d’autres intervenants.

En ce sens, une partie du projet du Ministre Jean-Claude Marcourt, qui vise à construire des “pôles”, au sein desquels une Université doit jouer un rôle majeur est sans doute difficile à mettre en oeuvre mais repose sur une certaine réalité.

e la science est bien évidemment international.

• En matière de financement de la recherche, c’est devenu indispensable et l’ULB encourage ses chercheurs à se tourner vers l’Europe pour l’obtention de nouveaux financements (via les Programmes cadres ou l’ERC).

• Il faut aussi admettre que bon nombre de nos excellents étudiants nous quittent, notamment au Master, parce que les cursus eux-mêmes ont de plus en plus tendance à s’internationaliser. Non seulement, nous encourageons nos étudiants à se former à l’étranger, dans le cadre des programmes d’échanges, mais certains prennent la décision de changer d’université pour s’inscrire dans une université étrangère.

Nous devons donc nous insérer dans les réseaux d’échanges internationaux afin de compenser, par une bonne attractivité, les “pertes” d’étudiants que nous subissons. La ligne que nous devons suivre est la suivante: former nos étudiants en BA le mieux possible pour les mettre en situation de pouvoir poursuivre éventuellement leurs études dans les meilleures universités étrangères. Mais, dans le même temps, développer des Masters attractifs, pour équilibre les flux d’étudiants au niveau du Master. Il en découle une obligation d’enseigner, partiellement à tout le moins, en anglais, et une attention toute particulièrement à la qualité de nos Masters.

L’avenir de l’Université libre de Bruxelles se définit donc au sein de cette tension entre l’ancrage régional (ou ses ancrages régionaux) et une internationalisation poussée.

L’ancrage régional est bien évidemment bruxellois et nos relations avec la Région Bruxelles-Capitale (comme avec la Ville de Bruxelles) doivent être renforcées. Mais il est aussi wallon, à travers notre implantation à Charleroi que nous avons décidé de soutenir et de renforcer, non seulement à Gosselies, mais également à Charleroi-Centre, l’ULB ayant vocation à s’affirmer comme université urbaine. Cette caractéristique ne manque pas d’implications diverses quant à la sociologie de nos recrutements d’étudiants, d’origine culturelle de plus en plus variée, ce qui représente indéniablement un atout, une richesse.

Mais l’ancrage international doit être également renforcé, et principalement au niveau des Masters.

L’ULB devra d’ailleurs pousser plus avant la logique du système de Bologne. Avant 2004, les études étaient conçues comme une continuité, de la première à la dernière année. Aujourd’hui, et de plus en plus, les deux cycles sont perçus distinctement. À nous aussi, de traduire cette étanchéité des cycles en distinguant plus clairement nos méthodes d’apprentissage d’un cycle à l’autre.

En conclusion, on évoquera deux nouveaux projets qui s’inscrivent dans cette même double orientation “internationale-régionale”.

  1. La création d’un Institut d’études avancées à Bruxelles. Il existe en effet un réseau d’une vingtaine d’instituts de ce type à travers l’Europe (4 en France); il s’agit de structures d’accueil de chercheurs de haut niveau en mobilité qui participent de la sorte à enrichir la qualité de la recherche des institutions qui les accueillent, tout en tissant un réseau dense de relations scientifiques internationales. La création d’un Institut d’études avancées à Bruxelles contribuerait assurément à l’accroissement de la renommée de notre université et à son insertion dans les réseaux actifs de la recherche européenne.
  2. La création d’une Ecole internationale des langues qui regrouperait les enseignants de langues de l’ULB et des FUSL, ayant intégré les Hautes Ecoles de traducteurs et interprètes (ISTI, Cooremans et Marie Haps). En regroupant toutes les offres linguistiques au sein d’une même entité, nous ferions de la sorte de Bruxelles une grande capitale du multilinguisme, profitant de la diversité culturelle que l’on y retrouve au quotidien.

Enfin, à la rencontre des intérêts régionaux et internationaux, se situe la politique de rapprochement de l’ULB avec la VUB. En effet, ce faisant, l’ULB répond à la configuration de l’enseignement supérieur en région Bruxelles-Capitale (de surcroît sur une base philosophique identique). Mais surtout, en mettant une partie de ces forces en commun, il s’agit de construire plus facilement des Masters en anglais, qui présentent une forte attractivité, comme l’illustre le cas des Masters en science de l’ingénieur récemment mis sur pied (Bruface).

Didier Viviers
Recteur de l’Université Libre de Bruxelles

***

M. Alain DELCHAMBRE

"Quels moyens pour développer une Université ouverte et européenne ?"

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Alain Delchambre, 
Président du Conseil d’administration de l’ULB

Jeudi 29 mars 2012 – Paris

Madame la Présidente,

Monsieur le Délégué,

Cher(è)s Anciennes et Anciens de l’ULB,

Mesdames, Messieurs,

Il n’est jamais facile pour le Président de l’Université de succéder au Recteur. Didier nous a esquissé des horizons larges et ambitieux, des projets indispensables au rayonnement de l’Université libre de Bruxelles.

En tant que Président du Conseil d’administration de l’Université, il me revient le mauvais rôle, notamment, celui d’expliquer les contraintes structurelles qui pèsent sur ces projets.

Ma fonction veut que, quelque part, je « plombe l’ambiance », comme le diraient nos étudiants. Car, il faut bien l’avouer, nous manquons cruellement de moyens pour mettre en œuvre nos projets.

A l’occasion de ce discours, je vous propose une réflexion en trois temps. Tout d’abord, je parlerai finances. Ensuite, infrastructures. Et pour conclure sur une note positive, je discuterai de notre principale force, celle d’une communauté universitaire soudée par son engagement.

Les finances, d’abord.

Vous n’ignorez pas le contexte économique de l’Union européenne, les perspectives budgétaires de la Belgique et en particulier celles de la Fédération Wallonie-Bruxelles… Cette Fédération, anciennement Communauté, demeure le parent pauvre parmi les entités fédérées et, de ce fait, l’enseignement supérieur belge francophone, dans son ensemble, est des plus désargentés.

Je veux insister sur cette réalité, car elle pose une question fondamentale :   à l’heure où l’Union Européenne est confrontée à des difficultés économiques ; quels sont nos atouts pour redynamiser l’Europe ?

Le savoir, tel est notre bien le plus précieux, notre meilleur joker dans ce contexte difficile. Nous parlions, il y a peu encore, de développer une société de la connaissance. La commissaire en charge de l’éducation réaffirmait encore récemment combien, je cite «  l’enseignement supérieur est un puissant moteur de croissance économique ainsi que la meilleure des assurances contre le chômage », fin de citation. Pourtant, en pratique, force est de constater que l’objectif ambitieux de fonder notre prospérité sur le savoir et la connaissance semble avoir disparu des priorités de l’Union Européenne. Cette disparition est une erreur stratégique et politique grave.

Chaque fois qu’un président d’université ose exprimer ses doutes quant au choix de société porté par la diminution des fonds publics destinés à l’enseignement supérieur, une réponse systématique lui est donnée.

Cette réponse, c’est le financement privé. Il suffirait, répondent les pouvoirs publics, d’aller chercher l’argent des entreprises et des philanthropes pour contrebalancer le définancement public.

Quelle vision effrayante que celle-là !

Disons-le clairement : les entreprises qui ont les moyens d’effectuer des dotations aux universités ne peuvent que très rarement se permettre d’attendre que les chercheurs œuvrent de longues années, guidés par leur seule curiosité, avant d’obtenir des résultats.

Quant aux philanthropes, il ne peut être question de faire peser sur eux seulsl’avenir d’une institution. En particulier dans le contexte belge, où les possibilités de financement du réseau catholique grâce aux fonds amassés par l’Eglise belge sont incroyablement supérieures à celles des autres réseaux. Un financement structurel de l’Université par les Anciens, c’est s’inscrire dans un jeu biaisé, qui sera inexorablement synonyme de débâcle pour tous ceux qui défendent la laïcité.

Plus largement, le financement privé ne permettra jamais seul le développement de la recherche fondamentale pourtant moteur des innovations majeures et des révolutions scientifiques.

Changer le parfum d’un cosmétique antirides, modifier légèrement la composition d’une peinture pour lui donner des reflets métallisés, sortir un nouvel Iphone avec une mémoire très légèrement supérieure à la version précédente et un lecteur flash intégré… Ce ne sont pas des innovations. Ce n’est pas le rôle des universités de participer à ce marketing.

Trop souvent, les fausses découvertes et vrais gadgets semblent fasciner plus que les réelles avancées scientifiques et cela contribue à cette chimère d’un financement privé des institutions.

Dans ce domaine comme dans bien d’autres, tout est question d’équilibre. Il est bien sûr logique et sain que les mécènes soutiennent l’institution, aux côtés des pouvoirs publics. En la matière, l’Université ne reste pas les bras croisés : elle reçoit l’appui de nombreuses fondations, de nombreuses aides et de nombreux dons. Dernièrement, les Anciens de l’Ecole de commerce Solvay, devenue Faculté Solvay Brussels School of Economics and Management ont permis par leur contribution de doter l’Ecole d’un nouveau bâtiment de 10.000 m2, inauguré en 2010, sur le campus du Solbosch.

Plus largement, les domaines où nos mécènes nous soutiennent sont de plus en plus nombreux, de l’aide au développement à l’aide aux étudiants, de la recherche de pointe aux initiatives pédagogiques. Citons deux exemples illustrant cette diversité : le Fonds Erasme pour la recherche médicale et le Fonds Lewin-Henrique de Castro affecté à l’aide sociale des étudiants les plus démunis. Ajoutons, évidemment, que les mécènes permettent de créer de nombreuses chaires d’enseignement et de recherche.

Citons par exemple : la Chaire Léo Goldschmidt pour la « Corporate Governance », la Chaire Fost + pour le recyclage des matériaux et la Chaire Vivaqua pour la gestion du cycle de l’eau.

Je tiens cependant à souligner que toutes ces chaires sont créées dans le strict respect de la liberté académique, condition sine qua non de ces initiatives, conditions sur laquelle nous demeurons intransigeants.

Toutes ces contributions de mécènes, dont un bon nombre sont des anciens, ne suffisent évidemment pas à contrebalancer la faiblesse de la dotation publique.

Mais pourquoi donc l’enseignement supérieur est-il si peu défendu par les politiques belges lors des arbitrages budgétaires ?

Peut-être parce que l’Université s’est trop souvent isolée, déconnectée du grand public. Souvent, elle a opposé les discours d’experts à ceux des citoyens. Elle s’est avérée parfois incapable de transmettre les connaissances qu’elle produit, délaissant quelque peu sa mission de services à la collectivité.

Nous devons  absolument contrer cette situation.

A l’ULB, des initiatives généralement portées par notre Communauté universitaire, nous permettent de renforcer notre visibilité dans la Cité. Je citerai en exemples le Festival du Film Scientifique de Bruxelles, le nouvel expérimentarium de chimie et le Printemps de Sciences. Ces événements sont pour notre Université des outils précieux. Ils permettent de créer un premier contact avec l’Université dans un cadre bien différent qu’un auditoire de 800 places, ils rapprochent les Sciences des élèves, contribuent à faire naitre des vocations et permettent une réelle démocratisation des savoirs.

Ouvrir l’Université, l’imposer là où est sa place, la réinvestir de sa mission de débattre et de créer : voilà un enjeu de taille que nous devons relever ensemble. Rétablir la confiance entre les citoyens et l’Institution, pour que toutes et tous comprennent son importance.

A cet égard, cette conférence est un moment crucial. Car c’est aussi grâce à vous, chers Anciens, que nous pouvons espérer un tel repositionnement. C’est vous, en défendant les couleurs de votre Université, en contribuant à faire connaître sa production, qui pouvez œuvrer à notre déploiement.

J’ai insisté lors de mon discours de rentrée académique sur la responsabilité conjointe de tous les membres de la Communauté universitaire, dont les Anciens font partie intégrante, pour contribuer à la construction permanente de l’ULB. Ce message a été, je pense, parfaitement entendu par l’UAE et je veux chaleureusement vous en remercier.

Mais revenons-en à la question des moyens. J’ai été surpris de voir la place anecdotique réservée aux universités dans les débats publics et télévisuels pour la présidentielle française. Je me souviens d’autres époques où l’Éducation et l’enseignement supérieur semblaient plus au centre des préoccupations politiques et médiatiques de l’Hexagone.

Ce regret teinté de nostalgie mis à part, lorsqu’on lit les programmes des candidats, on remarque que tous contiennent une liste importante de propositions visant à soutenir les institutions universitaires et à leur affecter des fonds complémentaires tout en augmentant leur autonomie, leur liberté académique. Engagements de campagne, certes, mais la différence avec la Belgique apparaît clairement dans leurs programmes : les politiques français réalisent mieux l’importance de leurs institutions universitaires.

Permettez-moi en particulier d’aborder un point qui me tient à cœur : celui de l’émancipation sociale permise par l’Université. L’ULB, depuis sa fondation, a développé des politiques sociales visant à permettre aux étudiants, indépendamment de leurs origines socioculturelles et socio-économiques, de suivre avec fruit leurs études en vue de l’obtention d’un diplôme universitaire.

Cet engagement important se traduit encore aujourd’hui par un service social étudiant extrêmement performant, par des politiques de promotion de la réussite, par des prises de position fermes du Conseil d’administration.

Mais aussi, très concrètement, par la construction de cités de logements, ce qui me permet d’aborder la question des infrastructures.

Dans l’objectif d’œuvrer à cette démocratisation de l’université, j’ai décidé dès mon entrée en fonction en janvier 2011, de mettre sur pied un large plan d’investissement dans les logements étudiants.

Bruxelles est la première ville étudiante en Belgique avec 75.000 étudiants.  A l’ULB, nous en accueillons, aujourd’hui, plus de 24.000, alors qu’ils étaient 14.000 en 1990. Nous enregistrons, chaque année,  environ 7000 demandes de logement. Une réelle prise de conscience de cette réalité était bien nécessaire. C’est pourquoi en décembre dernier, l’ULB a organisé, et c’était une première, un colloque d’envergure sur le logement étudiant. Notre objectif était de sensibiliser les pouvoirs publics mais également  es promoteurs privés. Objectif réussi puisque nous développons notamment des contacts étroits avec le Secrétaire d’État au Logement de la Région bruxelloise, membre fraîchement coopté de notre Conseil d’administration, avec entre autres comme perspective le projet de développer une Agence immobilière étudiante bruxelloise.

Actuellement l’offre de logements gérée par l’Université et par des partenaires privés sur nos campus est de 1600 lits. Un plan directeur approuvé par notre Conseil d’administration donne une projection pour l’avenir 2017 qui permettrait de passer à 4500 logements étudiants. Dans le cadre de nouveaux partenariats équilibrés avec le privé, nous apportons le terrain pour une durée déterminée et les promoteurs mettent à disposition les logements qu’ils construisent, avec obligation de taille :  mettre à disposition  25% de ces nouveaux logements à un tarif social.

Permettez-moi d’insister sur quatre projets d’ores et déjà bien avancés :

Le projet de réaffectation du Home Van Aa du CPAS d’Ixelles, qui permettra de disposer de 120 chambres rénovées pour la rentrée 2012 à 15 minutes à pied de nos campus ;

Un nouveau projet de logements sur le Campus du Solbosch qui prévoit 120 lits pour l’année académique 2012-2013 ;

Un projet de 300 logements mixtes à proximité du Campus Erasme ;

Et enfin, un projet où les anciens jouent un rôle moteur : il s’agit de favoriser le logement intergénérationnel. Ce projet, porté conjointement avec l’Union des Anciens Etudiants nous a permis de constituer une liste d’une centaine de logements disponibles chez ceux de nos Alumni qui souhaitent accueillir des étudiants koteurs.

Il va sans dire que si certains d’entre vous souhaitent accueillir des étudiants séjournant en France, nous sommes, bien entendu, à votre entière disposition…

Mais, ceci étant, ces initiatives ne sont pas encore suffisantes, lorsque nous voulons signer des accords de collaboration avec les institutions les prestigieuses au monde, la question du logement se pose : certes, nous pouvons déclarer vouloir favoriser la mobilité des étudiants et des chercheurs, mais sans infrastructures pour les accueillir, l’ULB sera toujours déforcée.

En la matière, la France a une sérieuse longueur d’avance par rapport à la Belgique. La cité internationale étudiante de Paris est de notoriété mondiale. Elle doit nous inspirer pour convaincre les politiques et financiers à développer une approche similaire, à Bruxelles.

Autres infrastructures d’importance, les laboratoires de recherche et d’enseignement. En la matière, le temps des partenariats est venu. Entre universités sœurs, notamment.

Le talus qui sépare la VUB et l’ULB sur notre campus commun s’avère presque insurmontable lorsque l’on tente de rendre compatibles les systèmes de diplôme, d’inscriptions, d’organisation horaire.

Malgré cette barrière de taille, la VUB et l’ULB ont mis en œuvre le projet BRUFACE, qui permet des partages de ressources au bénéfice d’étudiants polytechniciens qui peuvent désormais suivre une formation de pointe, diplômante, en Anglais.

Un autre dossier qui grâce à la mobilisation de toutes et tous a permis à l’Université d’aller de l’avant, c’est bien sûr celui du redressement de notre Hôpital académique, l’Hôpital Erasme.

Désormais à l’équilibre opérationnel, avec des comptes 2011 et un budget prévisionnel 2012 en boni, l’Hôpital a fait évoluer sa structure de gouvernance de manière à définir, concevoir et accompagner efficacement les projets qui doivent permettre un redéploiement attendu.

L’Hôpital doit également développer des partenariats tant à Bruxelles que dans le Hainaut.

A la pointe de l’innovation et dans le cadre d’un partenariat équilibré, le projet du transfert de l’Institut Jules Bordet sur le Campus Erasme s’avère une opportunité unique de créer un vrai centre intégré, monospécialisé, pluridisciplinaire et internationalement reconnu dans le traitement du cancer.

Les collaborations avec les Hôpitaux de Charleroi, de Mons, de La Louvière vont être redynamisées grâce à une plateforme permettant de faire circuler les informations entre les hôpitaux, d’en établir le cadastre des compétences, de développer les collaborations tant médicales que logistiques et de renforcer l’organisation de stages.

Après vous avoir sensibilisés au sous-financement de l’enseignement supérieur, j’espère également vous avoir montré que cette situation nous a poussé à être créatifs et que l’ULB a pris l’initiative de multiples projets, notamment en termes d’infrastructures, qui assureront son développement futur.

Mais pour mettre en œuvre de tels projets, nous devons nous appuyer sur notre communauté universitaire.

Ceci me permet d’aborder ce qui fait notre force, à nous, la Communauté de l’ULB : ce qui fait cette force, c’est notre union, notre solidarité. Nous sommes une communauté soudée. Malgré les nombreuses difficultés auxquelles l’Université est confrontée, nous faisons face ensemble.

Ces derniers mois ont été, je vous l’avoue, très difficiles.

Le projet « Smiley » d’informatisation de nos outils de gestion, lancé par mon prédécesseur, a connu de sérieux bugs durant sa phase de rodage, entraînant notamment des problèmes d’inscription et d’admission des étudiants. La St V a été endeuillée par le décès d’un tout jeune étudiant. Des familles roms se sont réfugiées dans un bâtiment en cours de désaffectation sur l’un de nos campus. L’ULB a vu son image traînée dans la boue par certains médias belges peu scrupuleux. Je ne permettrai pas de commenter l’interruption de la conférence de Caroline Fourest, invitée à l’ULB pour livrer une analyse des discours racistes de Marine Le Pen, une instruction disciplinaire étant en cours. Mais il est certain que cet événement a marqué profondément notre communauté et a trouvé un écho international qui n’est pas sans conséquences pour notre Institution.

Tous ces événements difficiles, tragiques, nous les avons surmontés, nous les surmontons ensemble. L’engagement collectif pour notre Université, cette Université née d’une utopie, ne connaît pas de faille.

C’est grâce à des choix débattus et approuvés collectivement que l’ensemble de notre Communauté s’est rassemblée face à ces difficultés.

Grâce à cette mobilisation collective, lorsque le projet « Smiley » sera abouti, notre Université sera dotée d’un outil unique, performant, adapté au terrain qui facilitera le travail au quotidien de tous les membres de la Communauté. Il permet d’ores et déjà aux étudiants du monde entier de s’inscrire en ligne à l’ULB en quelques « clics ». Ce sera grâce au professionnalisme et à l’investissement incroyable dont font preuve nos équipes que nous atteindrons ce but.

La participation, acquise suite au mouvement de mai 68 mené par les étudiants, bien sûr, mais aussi par de nombreux chercheurs, membres du personnel et de professeurs, est une spécificité de l’ULB. Nous devons être fiers de ce modèle de gouvernance ouvert. Notre ambition est de renforcer encore la cogestion de l’ULB par l’ensemble de ses composantes.

Mais cette gouvernance doit évoluer. C’est pourquoi notre Université entame cette réflexion. Plusieurs thématiques sont abordées : réflexion sur la structure décisionnelle de l’Université,  sur les rôles et compétences des Autorités, sur la composition et les compétences du Conseil d’administration, sur le cadre de fonctionnement des départements  de l’administration générale et des administrations facultaires, sur la mise en place d’un audit interne.

Vous l’aurez compris, notre Université est une véritable pépinière de potentiels. Chacune, chacun est fier de travailler à l’ULB. Mais l’épanouissement du personnel et son bien-être au travail passe aussi par la possibilité de bénéficier de formations. C’est pourquoi, nous progressons avec nos partenaires syndicaux pour faire avancer deux dossiers importants pour notre personnel : la refonte des modalités du concours d’accession destiné au personnel et l’amélioration des possibilités d’accès des membres du personnel aux formations et enseignements dispensés par l’Université.

Notre communauté universitaire, c’est une myriade bigarrée d’individualités complexes qui forme notre communauté d’enseignants, de chercheurs, d’administratifs, d’étudiants, d’Anciens. Cette diversité n’empêche pas que nous soyons toutes et tous liés par des valeurs, par des principes.

Parmi ces principes, le Libre Examen est celui qui fonde notre Université. Il est à la fois un principe scientifique – mais quelle université européenne ne se réclame pas du libre examen scientifique aujourd’hui ? – mais aussi et c’est en cela que nous sommes uniques, le Libre Examen est un principe d’action. Une injonction à l’action, à la défense de ces valeurs construites ensemble par notre communauté.

Chers amis,

Je me dois de conclure ce discours en soulignant que cet engagement est bien vivant. Ce n’est pas comme certains voudraient le faire croire, un vieux rêve d’arrière-garde. Et la lutte que mènent nos étudiants, chaque jour, sur les campus contre les discours dogmatiques, en organisant des débats, des happenings politiques, le soutien aux sans-papiers, ce combat permanent contre les oppressions est là pour nous montrer à quel point l’héritage des fondateurs de l’ULB est actuel.

Cet héritage de plus de 178 ans, où un groupe d’hommes s’est rassemblé autour d’une utopie : créer, à Bruxelles, une Université Libre et fonder son enseignement et sa recherche sur le principe du Libre Examen.

La création de notre Université constitue en elle-même un engagement. La Communauté universitaire a, tout au long de notre histoire, perpétué cet engagement fondateur.

Mais pour remplir nos missions d’enseignement, de recherche et de service à la collectivité, nous avons besoin d’un financement public adéquat et c’est pourquoi je m’associe à toutes celles et tous ceux qui revendiquent un refinancement de l’enseignement supérieur.

L’ULB continuera à se développer, malgré des pouvoirs publics souvent bornés à des considérations de court terme, malgré la concurrence rude que se livrent les établissements.

L’ULB continuera à croître, car l’engagement qui soude sa communauté est un moteur inaltérable.